Vérifier, toujours vérifier

Il y a une question qui est rarement posée et qui sous-tend pourtant toute information depuis que le journal existe : qu’est- ce qu’un journaliste ? Elle doit être d’autant plus posée que l’espace numérique a fait de tous les usagers (ou presque tous) des acteurs qui diluent la fonction de journaliste en donnant eux-mêmes des informations ? Il faut rappeler une évidence qui est un très vieux principe : ce qui qualifie le journaliste, c’est d’abord sa capacité à vérifier l’information avant de la livrer à ses lecteurs.

Le Parisien du 12 octobre 2019 – Le journal a publié l’information qui s’est avérée fausse. – Collection Le Centre de la Presse.

Et sinon direz- vous ? Sinon… on ne donne pas l’information. Et c’est bien tout le contraire du monde numérique qui donne tout sans vérifier. Et qui a cet égard reçoit la bénédiction des hébergeurs qui ont oublié depuis le début qu’ils sont aussi des éditeurs. Ceux-ci, en principe, engagent leur responsabilité. Ainsi donc un journaliste, par l’information qui livre, engage sa responsabilité et celle de son support. Ce qui n’est ni le cas de la plupart des « auteurs » sur le numérique ni des hébergeurs de ce même numérique. C’était la marque de fabrique de la presse écrite sur les journaux papier. Mais il y a de moins en moins de journaux papiers… Et c’est le changement de temporalité (avec la presse numérique la diffusion de l’info n’attend pas) qui a dilué la rigueur de la vérification quitte à renvoyer à plus tard, c’est à dire après la diffusion, la vérification. Et pourtant… vérifier est une règle déontologique mais aussi légale puisqu’elle est inscrite dans tous les textes qui régissent la presse et dans toutes les chartes déontologiques. Informer c’est d’abord vérifier. Et c’est toujours la règle que doit s’appliquer un journaliste. Même s’il ne produit plus pour un journal de presse écrite imprimée à temporalité lente.

Le Canard enchaîné du 10 octobre 1979 – Collection Le Centre de la Presse


Un nouveau comportement est apparu depuis l’arrivée massive du numérique, c’est la vérification à postériori. Elle concerne surtout certains sites de la presse en ligne. C’est évidemment contraire à toutes les règles qui font le journalisme. Faut-il y voir la première et grave conséquence de la nouvelle temporalité de la presse numérique : toujours plus vite ?… Ce relâchement dans la vérification est tel qu’une nouvelle spécialité de journaliste dans les rédactions est apparue depuis peu en France, ce qu’on appelle en bon français le fact-checking. Vérifier ce qui l’a déjà été et surtout ce qui ne l’a jamais été. Le fact-checking ne devrait pourtant pas exonérer le journaliste de terrain de son premier réflexe ; vérifier.

Le Courrier – La Gazette du 5 juin 2025 – Collection Le Centre de la Presse

Bernard Stéphan

Les illustrations de cette chronique mettent l’accent sur des faits divers qui ont fait l’actualité. Ici comme ailleurs la règle était « vérifier avant de publier même si l’actu n’attend pas ». (À l’exception de la Une sur Xavier Dupont de Ligonnès)

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