Bon anniversaire à la loi sur la laïcité

À l’initiative des Amis de L’Humanité, de Paroles Publiques, et de la Ligue de l’Enseignement du Cher, une animation-lecture a lieu ce soir à 19h au palais Jacques-Coeur à Bourges : “120 ans de laïcité, 120 ans de liberté“. Le Centre de la Presse sera présent.

Il y a, en effet, tout juste 120 ans, la loi de séparation des Églises et de l’État était promulguée. Trois jours plus tôt, la loi était votée par les sénateurs, après l’avoir été par les députés.

Voilà ce que l’on lit dans le Journal Officiel du 11 décembre 1905 : “Article 1er.

La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public..

Article. 2. La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l’Etat, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l’exercice des cultes.Pourront toutefois être inscrites auxdits budgets les dépenses relatives à des services d’aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics, tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons.” Au total, cette loi  compte 44 articles. Dans son éditorial du 7 décembre 1905, titré “Le lendemain d’une victoire” Francis de Pressensé, journaliste à L’Humanité, quotidien socialiste créé l’année précédente par Jean Jaurès, écrit : “Le 6 décembre 1905 marque une date historique de premier ordre dans l’évolution de la démocratie française ; par le vote final du Sénat, à la majorité de 79 voix, la séparation des Églises et de l’État est un fait parlementairement accompli. La législature a achevé son œuvre. Il ne reste plus au pouvoir exécutif qu’à promulguer la loi, qu’à hâter l’élaboration par le Conseil d’Etat du règlement organique d’administration publique et qu’à tenir la main sine ira et studio [sans haine ni passion], impartialement, résolument, à l’application de cette grande réforme.
Le quotidien catholique La Croix semble répondre le lendemain à la Une en utilisant aussi le latin. Il titre : “Consummatum est” [Tout est consommé] : “C’est fait « Prisonniers de leur parti », comme l’a dit M. Clemenceau, les sénateurs, courbés sous le despotisme maçonnique, ont, malgré les courageux efforts d’une éloquente minorité, enregistré le décret du Grand-Orient, formulé par les députés en texte législatif.[…] L’événement d’hier est, en effet, le plus grave qui se soit, depuis un siècle, accompli dans notre histoire, plus grave que les révolutions successives, plus grave que la grande guerre elle-même ; car celles-ci, en changeant les régimes, en mutilant la patrie, laissaient du moins la vieille France chrétienne debout dans la force de sa tradition. Depuis hier, il y a encore une France catholique, il y a encore des catholiques français. Mais la nation française est, par ses représentants, rayée du nombre des États catholiques.”

Voici à présent quelques Unes ou dessins de presse qui témoignent de cet événement, documents  retrouvés dans les archives du Centre de la Presse.

La Lanterne du 5 juillet 1905. Premier vote à la Chambre quelques mois plus tôt. Collection Le Centre de la Presse.
Le Matin du 7 décembre 1905 – Collection Le Centre de la Presse.
L’Assiette au beurre du 9 décembre 1905. La revue consacre tout un numéro à ce sujet. Collection Le Centre de la Presse.
Le Pèlerin du 10 décembre 1905.Cet hebdomadaire catholique est vivement opposé à la séparation.
Collection Le Centre de la Presse.


En 2022, dans le livre Satire sur les présidents de la République (Ramsay-Le Centre de la Presse), le caricaturiste Franck Lemort croque le président Émile Loubet. Il le situe en pleine crise politico-religieuse, au moment de la séparation des Églises et de l’État. On y voit même le pape Pie X.

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