Par des femmes pour des femmes

Il y a quelques semaines on a fêté les 80 ans du magazine Elle, fondé au lendemain de la guerre, en 1945. C’est encore un nom qui a marqué l’histoire de la presse au XXè siècle qui était à la manœuvre : Lazareff. Mais non pas Pierre, mais sa femme Hélène. Celle-ci n’était pas une nouvelle dans la presse puisque avant-guerre elle fut familière des salles de rédaction, elle débuta à Paris Soir dirigé par son mari Pierre et se forgea dans les premiers magazines féminins qui marquèrent notamment la période du Front Populaire. C’est ainsi qu’elle fut une plume du magazine Marie-Claire fondé en 1937 par un autre grand de la presse, Jean Prouvost. On sait que ce magazine à la fois de mode, de tendance, d’air du temps, d’histoires de vie et de témoignages aurait trouvé son nom dans le roman de la berrichonne, amie d’Alain-Fournier, Marguerite Audoux.

Premier numéro de Marie-Claire du 5 mars 1937 – Collection Le Centre de la Presse.

Lorsque vint l’Occupation le couple Lazareff s’exila à New-York où Hélène collabora à plusieurs titres dont le New York Times. C’est à leur retour en France après la Libération qu’Hélène fit naître Elle, forte des leçons de la presse américaine et notamment du magazine de mode et de tendances Harper’s Bazaar et nostalgique des débuts de Marie-Claire. La ligne éditoriale qui sera toujours celle du magazine fut posée dès les premiers numéro avec « du sérieux dans la frivolité, de l’ironie dans le grave ». Avec cette idée d’Hélène Lazareff qui compléta ainsi la ligne éditoriale : « La mode est beaucoup moins frivole qu’on ne le pense, c’est une expression d’un état social actuel. »

Elle du 21 octobre 1947 – Collection Le Centre de la Presse.

         C’est ainsi que Elle fut (et est encore) aux rendez-vous des semaines de la mode, des mouvements de la société, des mises en avant des femmes émancipées, mais aussi de tous les moments graves dont la place des femmes dans la société masculine, la lutte pour la contraception, la bataille pour l’IVG, les actions du MLF, la promotion du « mariage pour toutes » et plus récemment le mouvement MeToo. C’est dans Elle que de grandes signatures qui croisaient le combat des femmes ont marqué la vie du journal comme Simone de Beauvoir, Marguerite Duras, Françoise Sagan, Gisèle Halimi, Elisabeth Badinter, etc.

Elle du 15 octobre 1951 – Collection Le Centre de la Presse.

        Françoise Giroud en assura la rédaction en chef pendant près des dix premières années. Elle fut accompagnée de journalistes qui ont marqué l’histoire de la presse comme par exemple Daysi de Galard qui inventa les échos des peoples. C’est incontestablement un magazine d’émancipation à contrario de titres comme Marie-France ou Claudine. Un magazine qui s’attache chaque semaine à promouvoir un idéal de femme libre, Elle promeut la femme qui travaille, la femme qui se libère de la tutelle financière de l’homme, la femme qui gagne son indépendance.

Donc huit décennies d’un magazine qui a été le miroir des femmes, a accompagné leur vie, leurs luttes, leur émancipation et a capté leurs voix. Avec une originalité supplémentaire, Elle fut fondé par des femmes à l’usage des femmes et le moins que l’on puisse dire c’est que 80 ans après, le bilan est une réussite de presse.

Elle du 29 décembre 1952 – Collection Le Centre de la Presse.
À la Une, Brigitte Bardot.

Bernard Stéphan

error: Content is protected !!