Léandre Boizeau, écrivain, co-fondateur du magazine La Bouinotte, qui suit avec passion ce dossier depuis 1980 et qui défend l’innocence des accusés, nous rappelle les faits et les enjeux de ce procès en révision.
En fin d’article, Léandre Boizeau nous fait un retour sur le procès du 11 juin et sur le verdict du 2 juillet.

L’affaire Mis et Thiennot, considérée par bon nombre de juristes comme la plus grosse erreur judiciaire de l’après-guerre, s’est déroulée en Brenne fin 1946.
Accusés du meurtre du garde-chasse Louis Boistard, Gabriel Thiennot, Raymond Mis, mais aussi Émile Thibault, Gervais Thibault, Jean Blanchet, Bernard Chauvet, Stanislas Mis et André Chichery n’ont jamais cessé de clamer leur innocence et ce dès leur incarcération à la prison de Châteauroux jusqu’à leur mort. Ils ont toujours affirmé avoir subi de graves violences durant leur « interrogatoire » qui a duré plus d’une semaine.

Après trois cours d’assises, ce qui en fait un cas unique dans les annales judiciaires, Mis et Thiennot seront finalement condamnés à 15 ans de travaux forcés. Après avoir bénéficié d’une grâce présidentielle, ils seront libérés à mi-peine en juillet 1954. Leurs six compagnons effectueront des peines de prison allant de dix-huit mois à deux ans de prison.
Dès le départ de cette affaire, un fort mouvement d’opinion en faveur des accusés s’est manifesté, lors des procès en cours d’assises par exemple.


En 1980, la sortie de « Ils sont innocents », livre directement inspiré du dossier et de la rencontre avec les témoins de l’époque, a marqué le début d’une campagne sans précédent en faveur de la révision du procès. Un comité de soutien constitué pour l’occasion a mené une campagne d’information, d’abord dans toutes les villes de l’Indre, avant d’aller bien au-delà des frontières administratives du département.

Dans le même temps, une première requête en révision comportant pas moins de six faits nouveaux est déposée en juillet 80.
Elle sera rejetée et les cinq qui suivront au cours des quarante ans de combat qui vont s’écouler, connaîtront le même sort.
Il faudra attendre septembre 2021 pour qu’un amendement à l’article 622 du code pénal soit adopté à l’unanimité par le Parlement. Il prévoit qu’un jugement doit être révisé lorsque les aveux ont été obtenus par la violence. Et cinq ans de plus pour que la commission de révision de la Cour de cassation statue en faveur de la révision en février 2026.

C’est d’ores et déjà une décision historique qui a été prise : 80 ans après l’affaire et après de multiples rebondissements, elle va être rejugée le 11 juin.
Il aura fallu 45 ans de combat pour en arriver là !
Raymond Mis, Gabriel Thiennot, Émile Thibault, Gervais Thibault, Stanislas Mis, Jean Blanchet, Bernard Chauvet et André Chichery ne sont évidemment plus là, eux qui, toute leur vie ont nourri l’espoir que Justice leur serait rendue.
C’est au nom de leur mémoire que leurs défenseurs se mobilisent depuis si longtemps. Ils ont déjà obtenu un sacré résultat : la Justice a reconnu que tous ces jeunes hommes avaient subi de graves sévices durant leur interrogatoire.
Il appartient désormais à la Justice de transformer l’essai.
Léandre Boizeau
Le 11 juin Léandre Boizeau nous confie :
« A l’issue de cette journée de débats, le dossier de l’accusation paraît bien vide : plus d’aveux, aucune preuve matérielle retenue, une version des faits invraisemblable…
Que reste t il ?
Deux témoignages à charge, très fragile pour l’un, plus que suspect pour l’autre.
Tout cela semble bien mince et de nature à innocenter Mis et Thiennot.
Reste le poids de l’institution qui a grand peine à reconnaître ses erreurs.
Ce sera donc un choix délicat qu’auront à faire les magistrats de la Cour de cassation .
Rendez-vous au 2 juillet. »
DERNIÈRE MINUTE – 2 juillet 2026 : Léandre Boizeau nous livre son ressenti après le verdict :
« C’est malheureux à dire, mais pour moi qui me frotte à la Justice depuis quarante-cinq ans, cette décision ne m’étonne pas vraiment.
Pauvre justice
serais-je tenté de dire quand on lit les attendus du délibéré et qu’on découvre l’argumentaire qui fonde sa décision.
Qu’est-ce qui fait que des magistrats apparemment attentifs soient aussi imperméables aux témoignages, aux arguments étayés qui allaient dans le sens de l’innocence de Mis et Thiennot ?
Qu’est-ce qui fait qu’on ne nous a épargné aucune argutie juridique pour tenter de s’opposer à notre demande ?
Revenir sur la chose jugée paraît être mission impossible pour certains magistrats.
Dommage pour la justice qui rate une superbe occasion de donner une belle image d’elle même.
Mais soyons clairs : cette décision ne nous empêchera aucunement de penser et de dire haut et fort que Mis et Thiennot et leurs six camarades sont innocents ! »
