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En cette année George Sand, celle qui a marqué la littérature par une œuvre monumentale, a très vite compris l’importance du journal pour diffuser des idées, elle en fit grand usage, elle fut ainsi journaliste politique et très souvent éditorialiste.


Collection Le Centre de la Presse.
Très tôt elle affirme son engament progressiste dans un milieu où la cause du peuple n’était pas forcément en haut de l’affiche. « Je serai avec l’esclave et la bohémienne, et non avec les rois et leurs suppôts », écrit-elle dans Histoire de ma vie. Elle a une filiation révolutionnaire par son père et une expérience de l’injustice par sa mère. Ces deux origines vont laisser des traces.

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Deux rencontres vont la convaincre de son engagement à gauche, celle Michel de Bourges (en 1835-1837) et celle de Pierre Leroux (en 1839-1845). Le premier est un avocat républicain, jacobin et robespierriste. Le second, écrivain, homme politique, croit à « la révolution sociale », complément nécessaire à la révolution politique.
En 1848, elle lance un éphémère journal, La Cause du Peuple, dans lequel elle développe ses idées d’une république sociale. Elle participe activement au journal L’Eclaireur de l’Indre dont elle enrichit les pages de reportages politiques engagés. Ainsi dans le n° du 28 septembre 1844, sous forme d’une lettre au journal, elle peint la condition misérable des ouvriers boulangers de Paris, exposés à la perte d’emploi immédiate, et soumis à des conditions de travail inhumaines.
Elle va rédiger ce qui vaut éditorial dans Les Bulletins de la République publiés entre le 13 mars et le 6 mai 1848. Ces textes feront souvent réagir et même créeront de véritables polémiques. A l’instar de l’éditorial du Bulletin n° 16, daté du 15 avril 1848, dans lequel elle plaide pour la suspension des élections, si celles-ci « ne font pas triompher la vérité sociale, si elles sont l’expression des intérêts d’une caste (…) » La réaction à son encontre fut telle qu’elle s’en livra dans une lettre à son fils Maurice, en lui écrivant ceci : «Pour un Bulletin un peu raide que j’ai fait, il y a un déchaînement de fureur incroyable dans toute la classe bourgeoise. »
Dans les mois qui suivent, elle va collaborer au journal La Vraie République. Elle va écrire treize articles dans cette publication, ils sont un témoignage très vivant de l’histoire de cette année 1848 et en particulier de la montée de la tension qui va conduire aux tragiques journées de Juin. Dans le n° du 7 mai 1848, elle va explicitement évoquer le communisme et même se dire communiste. Ainsi écrit-elle : « Mais, si, par le communisme, vous entendez le désir et la volonté que, grâce à tous les moyens légitimes et avoués par la conscience publique, l’inégalité révoltante de l’extrême richesse et de l’extrême pauvreté disparaisse dès aujourd’hui pour faire place à un commencement d’égalité véritable, oui, nous sommes communistes. »

George Sand féministe ? Elle est aussi à bien des égards une des pionnières de la lutte des femmes et de la revendication pour se libérer du carcan masculin. Ainsi elle dénoncera toujours le Code civil napoléonien. Dans les Lettres à Marcie elle construit une protestation contre les règles du mariage, pour le droit au divorce et pour une instruction des filles. Ces textes furent publiés dans le journal de Félicité de Lamennais, Le Monde, en février et mars 1837. Révoltée mais pas à n’importe quel prix. Elle récuse les violences de la Commune. Elle sortira très déçue de l’épisode, mais elle réaffirmera ses convictions pour l’égalité dans un article d’août 1871 publié dans Le Temps : « Mon sentiment et ma raison combattent plus que jamais l’idée des distinctions fictives, l’inégalité des conditions, imposées comme un droit acquis aux uns, comme une déchéance méritée aux autres. » Des propos qui ont bientôt deux siècles et qui pourtant sont d’une actualité brûlante…
Bernard Stéphan
* Les écrits politiques de Georges Sand, avec une préface de Michelle Perrot, ont été rassemblés et publiés en 2004 par les éditions Belin sous le titre Politique et Polémiques.
DERNIÈRE MINUTE : Dans le cadre des 150 ans de la mort de George Sand, Le Centre de la Presse prépare actuellement un spectacle et un livret intitulés George Sand : l’incroyable interview, écrit par Mireille Dubreuil et Pascal Roblin. Le spectacle théâtralisé et audiovisuel sera présenté les 3 et 4 octobre dans les locaux du Centre de la Presse au Châtelet. Le livret de 60 pages, version intégrale et illustrée de l’interview, sera mis en vente à cette date-là. Mais on peut le précommander d’ores et déjà sur notre boutique en ligne.