Marcel Proust disparu

Après ce 18 novembre, une pensée vient naturellement pour l’un des plus grands auteurs du XXe siècle. Décédé en 1922 ce jour-là, Marcel Proust fait peut-être plus parler de lui aujourd’hui qu’au moment de sa mort, qui attriste le milieu littéraire, sans s’étendre guère au-delà…

            En ce moment-même, la Bibliothèque Nationale de France cherche à acquérir une édition originale de Du côté de chez Swann, qui possède la particularité de contenir une longue lettre-dédicace qui dévoile la suite de l’intrigue des tomes suivants d’À la recherche du temps perdu. Elle appelle même aux dons sur la page que voici : https://www.bnf.fr/fr/soutenez-proust !

            Les adieux de la presse à l’écrivain il y a 98 ans étaient pourtant discrets et pas forcément élogieux. L’Illustration n’y consacre que deux maigres colonnes. Elle rend hommage au lauréat du prix Goncourt de 1919, lui qui, comme il y est écrit, est « venu au public à quarante-huit ans et mort à cinquante-et-un ». Elle pointe le style remarquable mais aussi difficile de l’auteur, qui n’a jamais trop écouté le public à ce sujet. Fidèle à son projet initial, Marcel Proust, à la santé plus que précaire depuis sa tendre enfance, décède d’une bronchite, non sans avoir quelques jours auparavant terminé la rédaction de son œuvre phare : À la recherche du temps perdu. Il aurait alors confié à Célestine, sa bonne : « je peux mourir, maintenant ».

            De son côté, Le Cri de Paris se montre bien plus véhément dans ses colonnes. S’il reconnaît son talent, et lui annonce une postérité non démentie par le temps, il n’hésite pas à qualifier son œuvre de « pornographique ». Le mot peut faire sourire aujourd’hui, mais la question, jamais évoquée comme telle, est bien celle de la représentation de l’homosexualité, et de la sublimation du désir, tolérée au moins par le lectorat de l’époque. La revue en appellerait presque à la justice, mais se ravise et préfère laisser les auteurs de cette espèce « se tuer par leur excès et leur ennui ». Singulier hommage, n’est-ce pas ?

            Aujourd’hui, le temps – notion si proustienne – a donné à l’œuvre de Marcel Proust des lettres de noblesse qu’elle n’avait que partiellement acquise au moment de sa mort. On dit que c’est l’auteur français sur lequel on a le plus écrit. Mais qui, en toute honnêteté, peut se vanter d’avoir lu en entier la Recherche ? Paradoxe ultime pour un romancier pourtant si connu…

Texte : Henry Hautavoine